glen baxter, on en parle...

Dans L'info culturelle de 8h30 par Fabrice Kada

L'info culturelle de 8h30 | Fabrice Kada 

glen baxter

glen baxter, on en parle...

juliette & victor #87

yu hirai

yu hirai, entre chien et loup, photographies, exposition du 16 août au 15 octobre 2022

entre chien et loup
yu hirai
photographies
exposition du 16 août au 15 octobre 2022
¡!¡!¡ vernissage le lundi 29 août de 18 à 20 h 30 ¡!¡!¡

Lorsque le jour baisse et que vient la nuit, toutes les lumières artificielles s’intensifient. Le moment précis de la rencontre de ces deux atmosphères colorées m’a toujours fascinée.
La toute première photographie de cette série date de 1997. Il s’agit de mon autoportrait dans l’intimité de mon studio à Berlin. Je suis devant une fenêtre ouverte, au crépuscule. Une lumière rouge, opaque, m’entoure et recouvre mon visage. Cet effet a été obtenu par une mise au point sur l’arrière-plan extérieur et non sur mon visage. Ce jeu de flou et de net est devenu par la suite mon modus operandi, même s’il m’a fallu plusieurs années pour mûrir ce qui allait devenir Entre chien et loup.
Dans cette série, la couleur bleu symbolise le monde extérieur, la réalité objective et l’inconnu. Le rouge, quant à lui, représente mes souvenirs, mes rêves, mon univers intérieur. Cette couleur a toujours évoqué pour moi l’idée de protection, de chaleur et de bien-être.
Au début des années 1980, à l’âge de vingt ans, j’ai quitté le Japon pour l’Europe. Depuis lors, j’ai vécu à l’étranger. Alors que je préparais les papiers nécessaires à mon départ, ma mère m’a appris que mon père n’était pas japonais. Ses parents à lui étaient des Coréens qui ont émigré au Japon durant la période du colonialisme nippon, sans doute dans les années 1920, mais je ne le sais pas vraiment. Pendant tout le temps de cet échange avec ma mère, mon père est resté caché derrière la porte.
C’est la découverte de ce passé qui m’a sensibilisée aux problèmes des minorités et des diasporas, aux nationalismes et aux questions identitaires. Je ne m’exprime pas directement sur ces sujets dans mon travail, mais ils sont au cœur de mes créations.
Mon père était présent, mais absent. Il a vécu avec nous, mais il faisait le vide autour de lui. C’est ce vide que je retrouve aujourd’hui dans l’absence de visage de mes portraits de la série Entre chien et loup. Ce visage sans trait est devenu le symbole des absurdités sociales et identitaires de notre monde.

Yu Hirai

glen baxter, on en parle...

 

article de jean bernard à propos de l'exposition de glen baxter au salon d'art dans la arts libre du mercredi 25 mai 2022
article de jean bernard à propos de l'exposition de glen baxter au salon d'art
dans la arts libre du mercredi 25 mai 2022

glen baxter


glen baxter, la vie d'artiste, œuvres, exposition du 9 mai au 16 juillet 2022, vernissage le lundi 16 mai de 18 à 20 h 30


la vie d’artiste
glen baxter
œuvres
exposition du 16 mai au 16 juillet 2022
¡!¡ vernissage le lundi 16 mai de 18 à 20 h 30 ¡!¡
présentation de « La vie d'artiste », de Glen Baxter aux Éditions de La Pierre d’Alun


The life of an artist

I was born in Hunslet, a tiny suburb of Leeds. Both my parents were working so I was sent to the local nursery.
At the end of my first term there, the teachers held an open day to celebrate the activities of the children. My parents came along to the event and noticed 3 large tables filled with lots of tiny clay figures.
“Which of these did our son Glen make?” asked my mother “These 2 tables” replied the teacher.
Warning bells were clearly sounding…
I carried on at school although these were difficult times. I had a stammer and my parents were worried it would affect my school work.
I remember one day my mother sent me off the local shops to buy a collar stud for my father’s shirt.
I was very nervous and as I set off to walk to the shops I began rehearsing my speech, trying various combinations of “Good Morning, I’d like to buy a collar stud please.”
Finally, I arrived at the entrance to the shop, and marched bravely in. The shop assistant stared at me from behind the counter. I managed to speak without a trace of a stammer.
The assistant looked at me in total astonishment after a long pause he said “I think you might like to try the shop next door”.
I turned to exit and then realized I was standing in a furniture shop.
I had been focussing so much on making my speech I had gone into the wrong shop.
I had said the correct words, but in the wrong place.
A few years later, when I went to art school I discovered the work of André Breton. He was describing surrealism and that’s when I realized I was already a surrealist at the age of 16.
I spent 5 years at art school and became fascinated by the paintings of Giorgio di Chirico and the collage novels of Max Ernst. At this time the art school was mainly focussed on abstraction and much of the work was a pastiche of American abstract expressionism.
I was much more intrigued by Dada & surrealism and Erik Satie’s notion of an artist’s life.
I seemed I was the right person in the wrong place.
I left art school, disillusioned and moved to live & work in London, where I began to write prose poems & make small drawings.
In 1974 I was invited by the American poets Larry Fagin & Ron Padgett to read my works at the Poetry Project in New York.
I stood before an audience at the legendary venue-St. Mark’s Church on the Lower East Side and I read my works.
The reaction was totally enthusiastic. I was in heaven.
The American writer and Oulipo Member, Harry Matthews came up to congratulate me.
Later that year I had my first exhibition of drawings at the Gotham Book Mart Gallery.
Somehow I had managed to combine images and words in a way that was definitely English though owes a great debt to the spirit of European surrealism.

Glen Baxter 2022
 
 
La vie d’artiste

Je suis né à Hunslet, un petit faubourg de Leeds. Comme mes deux parents travaillaient, j’ai fréquenté la crèche locale.
À la fin de mon premier trimestre, les enseignants ont organisé une journée portes ouvertes pour célébrer les activités des enfants. Mes parents sont venus à l’événement et ont remarqué trois grandes tables remplies de nombreuses figurines en argile. « Lequel de ces objets a fabriqué notre fils Glen ? » a demandé ma mère. « Ces deux tables. » a répondu l’enseignant.
Les sonnettes d’alarme ont clairement retenti...
J’ai continué à aller à l’école bien que ce soit une période difficile. Je bégayais et mes parents craignaient que cela n’affecte mon travail scolaire.
Je me souviens qu’un jour, ma mère m’a envoyé dans les magasins du coin pour acheter un bouton de col pour la chemise de mon père. Très nerveux, alors que je me dirigeais vers les commerces, j’ai commencé à répéter mon discours, testant différentes combinaisons de « Bonjour, je voudrais acheter un bouton de col, s’il vous plaît ».
Enfin, je suis arrivé à l’entrée du magasin où j’ai courageusement avancé. Le vendeur me fixait de derrière le comptoir. J’ai réussi à parler sans la moindre trace de bégaiement. L’assistant m’a regardé, totalement stupéfait. Après une longue pause, il dit : « Je pense que vous aimeriez essayer la boutique voisine. » Je me tournai pour sortir et réalisai que je me trouvais dans une boutique de meubles. J’étais tellement concentré sur mon discours que je m’étais trompé de magasin.
J’avais dit les bons mots, mais au mauvais endroit.
Quelques années plus tard, quand je suis allé à l’école d’art, j’ai découvert le travail d’André Breton. Il décrivait le surréalisme et, là, j’ai réalisé que j’étais déjà un surréaliste à l’âge de 16 ans.
J’ai passé 5 ans à l’école d’art et j’ai été fasciné par les peintures de Giorgio di Chirico et les romans-collages de Max Ernst. À cette époque, l’école se focalisait principalement sur l’abstraction et la plupart des travaux pastichaient l’expressionnisme abstrait américain. J’étais beaucoup plus intrigué par Dada et le surréalisme, ainsi que par la notion de vie d’artiste d’Erik Satie.
Il me semblait que j’étais la bonne personne au mauvais endroit.
J’ai quitté l’école d’art, désillusionné, et je suis parti vivre et travailler à Londres, où j’ai commencé à écrire des poèmes en prose et à faire de petits dessins.
En 1974, les poètes américains Larry Fagin et Ron Padgett m’ont invité à lire mes œuvres dans le cadre du Poetry Project à New York, devant un public réuni dans la légendaire église St Mark’s, dans le Lower East Side. La réaction a été totalement enthousiaste. J’étais au paradis. L’écrivain américain et membre de l’Oulipo, Harry Matthews, est venu me féliciter.
Plus tard, cette année-là, s’est ouverte ma première exposition de dessins à la Gotham Book Mart Gallery.
Bizarrement, j’avais réussi à combiner des images et des mots d’une manière qui était absolument anglaise, quoique devant beaucoup à l’esprit du surréalisme européen.

Glen Baxter 2022

simon outers

simon outers, arbo-naissance, œuvres récentes, exposition du 7 mars au 14 mai 2022 au salon d'art


arbo-naissance
simon outers
œuvres récentes
exposition du 7 mars au 14 mai 2022
vernissage le lundi 7 mars de 18 à 20 h 30
présentation de « Portraits de famille », de Jean-Luc & Simon Outers aux Éditions de La Pierre d’Alun


Simon Outers grave l’absence dans la présence. D’un trait vif qui décape le réel, il interroge des vies humaines, le mystère des arbres, les rencontres entre les premières et les seconds, il confronte des figures décentrées, des visages happés par des collages à la germination du végétal. La gravure est habitée par un temps long, frère de celui de la croissance des grands silencieux, les arbres. Si, aux yeux de l’artiste, l’humain n’est pas irreprésentable, il contrarie pourtant toute mise en image, mettant en crise la figuration. Les phénomènes du vivre qu’il explore avec un ensemble expérimental de techniques ressaisissent la sève unique qui anime la culture et la nature. Le disparu se dépose à la surface d’images complexifiées. Le regard de Simon Outers se fait tantôt ironique, tantôt poétique. Il campe un monde d’incertitude que seul son art de la composition arrime. Les portraits de famille, il les grave dans une mémoire qui noue le familial au géologique, la société à la genèse des existants. Le rapprochement entre le règne humain et le règne végétal s’opère par un agencement de l’espace qui réverbère les flux et les strates du temps. On pourrait parler d’une quête d’équivalence entre naissance des traits gravés et naissance d’un monde. Les réalités se fondent les unes dans les autres, des troncs d’arbres, des cimes luxuriantes se superposent à une constellation de visages. Le mouvement, l’élévation, la croissance vers le ciel, la couleur appartiennent aux arbres tandis que les visages sont souvent captifs d’une immobilité.
Victimes de la sixième extinction massive des espèces, des animaux sauvages n’apparaissent plus qu’en creux, découpés dans la forêt. De part et d’autre de l’image, surplombant les animaux laissés en blanc, Simon Outers dispose deux tableaux, l’un abritant des dessins miniatures du crocodile, du dromadaire, du lion et autres espèces, l’autre présentant des familles d’arbres. La civilisation des forêts plonge les sociétés humaines dans un mirage. Paysages délayés, passés dans un test de Rorschach, êtres saisis dans une sarabande chorégraphique… Sur une œuvre, nous voyons une fillette jouer à saute-mouton. L’œil de Simon Outers pratique un saute-mouton esthétique qui, jouant avec les brisures de symétrie, la disjonction des plans, évide le plein et relie le dispars.

Véronique Bergen


Antonio Seguí s'est éteint...

 

Antonio Seguí s'est éteint...

J'ai l'immense tristesse d'annoncer le décès d'Antonio Seguí,
à l'âge de 88 ans, ce samedi 26 février 2022 à Buenos Aires.

koyuki kazahaya, on en parle

article de michel verlinden à propos de l'exposition de koyuki kazahaya au salon d'art dans focus vif du jeudi 24 février 2022

michel verlinden à propos de l'exposition de koyuki kazahaya au salon d'art dans focus vif du jeudi 24 février 2022

koyuki kazahaya 風早小雪

koyuki kazahaya, lotus in mud, œuvres récentes, exposition du 10 janvier au 5 mars 2022, vernissage le lundi 24 janvier de 18 à 20 h 30

lotus in mud
koyuki kazahaya
風早小雪
œuvres récentes
exposition du 10 janvier au 5 mars 2022
vernissage le lundi 24 janvier de 18 à 20 h 30


“When you are small, everything in the world is life. Everything around us speaks to us with its own breath. The whole creation is a projection of myself and a shuddering presence that attacks me.
(Taro Okamoto)”.

Because of recent travel restrictions, I had to stay in Japan for about a year. This is the first time for me to stay in Japan for such a long time in the 8 years since I first came to Belgium to study. Being in Japan gives me a completely different feeling from Europe. In my daily life I can feel the change of the seasons in the trees, the flowers, the weather, the sounds and the smells, a sensation I had forgotten for a while, but which I took for granted as a child.
In my artwork, I use the topic of confrontation between humanity and nature. Japan is known for its natural disasters such as typhoons, earthquakes and tsunamis. This has been happening frequently since ancient times, nature and so animism has been present in many aspects of culture and daily life which means that everything in nature and certain objects have a spirit.
The series ‘spirit of the forest’ is based on the theme of a millenary forest with shrines which I recently visited. Many of the shrines still exist in the mountains and the sacred trees that protect them are still worshipped. It is a sacred place where people go with their own thoughts and wishes, and when you step into it, you feel a sense of tension and relief that is different from that of an ordinary forest. A sacred presence, spirits, the thoughts and feelings of people passed down from generation to generation.
There is an old Chinese proverb ‘Lotus in mud’. It means lotus grows beautiful flowers while growing in the mud, even if the surrounding (environment) is dirty, keep it clean without being stained. ‘Lotus in mud’ is a project about the blooming cycle of the lotus flower. The flower itself blooms for only about four days, then the petals fall off and the seeds are dropped, starting anew. Looking at this life circle, I feel as if it is a microcosm of human life. Flowers have special meaning, this can be seen not only in art, but also in literature, songs, and music. In different culture, sometimes people see parallelism between their own life and time and the life of flowers. There is a famous Waka (Japanese traditional poem) that says, “Flowers are ephemeral and fall so quickly but blooming year after year without change, human life is more impermanent.”
For these new series of my works, I want to create and show what I re-experienced about my own culture and background during my year back in Japan, and which new things I found during that time.

Koyuki Kazahaya 

 « Quand on est petit, tout dans le monde est vie. Tout ce qui nous entoure nous parle avec son propre souffle. La création entière est une projection de moi-même et une présence frémissante qui m'attaque. »
Taro Okamoto, 1911-1996

En raison des récentes restrictions de voyage, j’ai dû rester au Japon pendant environ un an. C’est la première fois que je suis restée aussi longtemps au Japon depuis mon départ, il y a 8 ans, afin d’étudier en Belgique. Le fait d’être au Japon m’a donné un sentiment complètement différent de l’Europe. Dans ma vie quotidienne, j’ai pu ressentir le changement des saisons dans les arbres, les fleurs, le temps, les sons et les odeurs, une sensation que j’avais oubliée depuis un certain temps, mais que je considérais comme acquise lorsque j’étais enfant.
Dans mes œuvres, j’utilise le thème de la confrontation entre l’humanité et la nature. Le Japon est connu pour ses catastrophes naturelles telles que les typhons, les tremblements de terre et les tsunamis. Cela se produit fréquemment depuis l’Antiquité, la nature et donc l’animisme sont présents dans de nombreux aspects de la culture et de la vie quotidienne, ce qui signifie que tout dans la nature et certains objets ont un esprit.
La série Spirit of the forest est basée sur le thème d’une forêt millénaire avec des sanctuaires que j’ai récemment visités. Beaucoup de ces sanctuaires existent encore dans les montagnes et les arbres sacrés qui les protègent sont toujours vénérés. Quand on pénètre dans ces lieux sacrés, où les gens se rendent avec leurs propres pensées et souhaits, on ressent une tension et un soulagement différents de ceux perçus dans une forêt ordinaire. Une présence sacrée, des esprits, les pensées et les sentiments des gens transmis de génération en génération.
Un vieux proverbe chinois dit « Lotus dans la boue ». Cela signifie que le lotus peut porter de belles fleurs, tout en poussant dans la boue. Même si l’environnement est sale, elles restent immaculées. Le projet « Lotus dans la boue » porte sur le cycle de floraison du lotus qui dure quatre jours environ, ensuite les pétales tombent et les graines sont déposées pour un nouveau départ. En regardant ce cycle de vie, j’ai l’impression qu’il s’agit d’un microcosme de la vie humaine. Les fleurs ont une signification particulière que l’on retrouve non seulement dans l’art, mais aussi dans la littérature, les chansons et la musique. Dans différentes cultures, les gens voient parfois un parallélisme entre leur propre vie, leur époque et la vie des fleurs. Il existe un célèbre Waka (poème traditionnel japonais) qui dit : « Les fleurs sont éphémères et tombent si vite, mais en fleurissant année après année sans changement, la vie humaine est plus impermanente. »
Par ces nouvelles œuvres, je veux créer et montrer ce que j’ai revécu de ma propre culture, de mes souvenirs et émotions durant cette année contrainte au Japon.

Koyuki Kazahaya


jean rustin, on en parle...

 

article de guy gilsoul à propos de l'exposition de jean rustin au salon d'art dans victor & juliette #84 décembre 2021-janvier 2022

Article de guy gilsoul à propos de l'exposition de jean rustin au salon d'art dans victor & juliette #84 décembre 2021-janvier 2022


jean rustin, on en parle...

 

article de danièle gillemon à propos de l'exposition de jean rustin au salon d'art dans le soir du samedi 11 et dimanche 12 décembre 2021

article de danièle gillemon dans le soir du samedi 11 et dimanche 12 décembre 2021

jean rustin par guy gilsoul

 

L’œuvre de la semaine, Guy Gilsoul, S’asseoir…

L’œuvre de la semaine
Guy Gilsoul
S’asseoir…
 
Combien d’heures face au chevalet ? Non loin, de nombreux dessins fixent le peintre, avec leurs traits qui se cherchent et se chevauchent en hissant peu à peu à chaque fois, sur les blancs du papier, un corps et un visage. Combien sont-ils ces êtres réduits à une nudité peu flatteuse ? On ne les compte plus. 
Ni le temps, ni les épreuves ne les ont épargnés. Bouche ouverte sur horizon sans fond, bras malingres, muscles flasques, indécence et profonde solitude, tendresse cruelle. Dans le monde réel, Jean Rustin, le peintre, les a rencontrés au début des années 1970 alors qu’il travaillait à une décoration murale abstraite dans un couloir de l’asile psychiatrique que dirigeait sa compagne de vie. Il vit leur figure, leur ventre, leur sexe, leur vieillesse, leurs besoins premiers. Sa mémoire se remplira de leur présence. Durant des jours, des semaines, il cherche d’abord à travers l’incarnation de ces vieux, ces vieilles et ces enfants à créer un temps et un silence à travers une juste lumière qui accordera les teintes sourdes et menaçantes. Car il demeure d’abord, peintre et il le dit : « Jamais à mon sens, une idée aussi brillante et nouvelle soit-elle, ne pourra entrer en concurrence avec une peinture ».
Combien d’heures face à cette toile qu’il abandonnera pour une nouvelle dès qu’il saura que rien, dans son apparent inachèvement, ne pourrait lui être ajouté sinon pour le pire. Il est épuisé. Alors, il sort un violon de son étui, gagne son fauteuil et joue. Dans cette toile, tout résume l’homme, son œuvre et ses êtres d’exclusion qui pourtant, sont absents. Demeure la musique. Les lignes verticales ont le caractère vivant des tracés à la mine de plomb. Le chromatisme grisé, entre les roses, les bleus et leurs mélanges, ont le parfum d’une eau saumâtre et le poids de l’attente. 
Posé frontalement (comme se présente la plupart de ses personnages imaginaires), le fauteuil renforce cette dernière impression même si, au niveau de l’accoudoir, une tache plus vive sonne comme un  éclat de survie. Un petit rire bref, passager que suspend aussitôt, le noir profond du rectangle noir qui ne peut être une fenêtre mais une abstraction alors que sur la gauche, comme un rappel à l’ordre, le tracé ne peut empêcher de deviner une allusion au monde bien réel : « Ma peinture confiait-il, raconte ce que je pense de la vie. Et ce n’est pas rose! »
Si l’œuvre de Jean Rustin (1928-2013), exclue dans les années 70 des cénacles pour sa violence, voire son obscénité, avait d’abord été découverte et défendue par le galeriste et collectionneur brugeois Marnix Neerman au milieu des années 1980, elle fut ensuite célébrée par les plus grands musées. Mais aujourd’hui, aucune galerie ne parait défendre ce travail… sauf une, qui, treize ans après une précédente exposition, réunit, une suite de dessins et de peintures au centre desquelles, nous fixe un fauteuil aux pâleurs de gris verdâtres. Oserait-on s’y asseoir ?

Bruxelles, Le Salon d’art. 81, rue de l’hôtel des monnaies. Jusqu’au 18 décembre. Du mardi au vendredi de 14h à 18h30, samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h. www.lesalondart.be

Légende : Le fauteuil.  © de l’artiste.

jean rustin

jean rustin, le blanc du silence, peintures – dessins, exposition du 18 octobre au 18 décembre 2021 au salon d'art

le blanc du silence
jean rustin
peintures – dessins
exposition du 18 octobre au 18 décembre 2021
vernissage le lundi 18 octobre de 18 à 20 h 30
présentation et signature du livre « Rustin, la peinture à nu » de Roger Pierre Turine, le jeudi 25 novembre de 18 h à 20 h 30.


« Je les trouve beaux, en tout cas attachants,
eux qui ne savent plus où aller ailleurs qu’en Rustin.
Au moins, ici, dans cet espace pas comme les autres,
ils ont le droit de ne ressembler à personne,
tout en se rappelant à chacun »

Marcel Moreau


Comme l’a si bien écrit Moreau, lorsqu’il s’agit de dire l’œuvre de Rustin, le plus grand risque est celui de « manquer de silence ». Tout ce qui a été et sera dit manquera de silence, c’est certain. Cependant, ce risque pris, il s’agit de ramener la parole à son essentiel et la laisser prendre sa place, entre le blanc du silence et le bruit du monde. Cet essentiel réside en deux choses : la lumière et les yeux. Regarder ceux qui nous regardent, plonger dans ces yeux, les yeux d’un amour trou, sans fond ni bord, pleins de la lumière première, celle qui est d’avant notre naissance et d’après notre fin. C’est cet amour-lumière qui porte les chairs fatiguées dans lesquelles toujours s’inscrit le même manifeste, tragique et muet. Ce sont les yeux et la lumière qui nous font aimer l’œuvre de Rustin et cet amour n’est pas un choix. C’est une disposition, une brèche, un supplément d’œil qui ouvre l’accès à l’heureux mariage des contraires, nous donnant, dans le même temps, le pouvoir d’accepter la flexion vers le plus bas, le plus brut, le plus cru, tout en provoquant le ressort nécessaire à glorifier ce retour à l’humble, à l’humus. Pas de sentiment chez Rustin, mais un long flirt avec l’ombre, le sentir vrai d’un reflet que nous offre le voile enfin levé sous lequel on se glisse afin d’embrasser cette fameuse part nocturne, trop souvent maudite, et bien trop peu célébrée.

Sandrine Lopez