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chemin faisant
paul cox
œuvres récentes
exposition du 21 octobre au 21 décembre 2019
vernissage le lundi 21 octobre de 18 à 20 h 30

congés d’hiver du 24 décembre 2019 au 5 janvier 2020


présentation de « Chemin faisant », texte et images inédits de Paul Cox,
collection La Petite Pierre, éditions La Pierre d’Alun


Il y a deux rituels dans ma journée (au moins, mais je vous livre les deux principaux) : la promenade du matin, toujours la même, toujours différente, et la peinture de paysages, l’une et l’autre étant liées, soit que je dessine ou peigne sur le motif, soit que je me mette à l’ouvrage de mémoire, de retour à l’atelier. Les paysages peints à l’atelier se reconnaissent aisément à un trait qui ne trompe pas : le point de vue y est généralement au milieu de la route, ce qui serait dangereux si j’y plantais mon chevalet.
Les paysages d’observation m’apprennent tout ce que j’utilise par ailleurs dans mon travail : traits, accord de couleurs, formes nouvelles, tout me vient de là, de cette « attention sans intention » qu’évoque François Matton dans ses « Exercices de poésie pratique ».
Pour les paysages de mémoire, je me rappelle le souhait de Bonnard, qui disait vouloir « montrer ce qu’on voit quand on pénètre soudain dans une pièce d’un seul coup ». J’y travaille vite, avec quelque chose d’un peu rituel même dans la méthode : le report du dessin au papier carbone sur son support en bois, l’application d’une ou parfois deux couleurs de fond, la pose des couleurs avec une calme monotonie de plâtrier (cette image m’étant suggérée par les touches horizontales que j’adopte pour accentuer la sensation de mouvement le long de la route), dans un mécanisme proche du coloriage.
Le sujet étant donné : la route et ses stations successives, comme un embryon de récit, je me sens plus libre d’improviser à mon aise, de me concentrer, sans servilité au modèle, sur la couleur et les touches. Je réalise ces paysages de mémoire par groupe de deux, le second reprenant la gamme de couleurs choisie pour le premier, cette contrainte me permettant d’improviser plus librement encore.
Mes paysages sont déserts, parce qu’au petit matin on ne croise personne sur cette route de Bourgogne, sinon des vaches sur ses bords. Mais ma promenade n’est pas solitaire pour autant, beaucoup de peintres admirés m’y tenant compagnie : Fairfield Porter, Munch (j’ai pensé à ses bois gravés pour mes compositions en puzzle), David Milne, Manuel Calard dit « Danslecieltoutvabien », Corot pour sa science des valeurs (qui conseillait à ses élèves de résumer le paysage, pour commencer, à vingt valeurs ! – comme si c’était là chose aisée), Alex Katz, Vuillard (pour sa façon de laisser apparentes les couches du dessous) etc.
Cette promenade est mon bonheur et mon école, et j’intitule sa resti­tution de mémoire, dans mon jargon intérieur : « Chemin faisant ».

Paul Cox