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De quoi est-il question dans les gravures et les sérigraphies de Simon Outers ? De l’homme, donc de nous. Car ce qu’il donne à voir de manière corrosive, absurde ou joyeuse, on finit par l’admettre, c’est bien de nous qu’il s’agit. Comme dans ces miroirs déformés où l’on ose à peine reconnaître sa part maudite qui stagnerait au plus profond de l’être comme des eaux dormantes. Au fond, n’est-ce pas là la fonction de l’art ? Rendre visible ce qui paraît caché aux yeux des humains et qu’ils découvrent enfin dans la joie ou l’effroi. 
Que l’homme n’est pas seul au monde est pour l’artiste une évidence. Il se meut parmi ses semblables mais, semble-t-il, dans un affrontement sans fin plutôt que dans une paisible harmonie. C’est un homme qui lutte pour se trouver une place. Il se bat, il gueule, il proteste, il chute et se relève. Le grand combat. (Il l’emparouille et l’endosque contre terre. Henri Michaux) Il est entouré d’objets qui semblent le poursuivre et dont il n’arrive pas à se défaire. Inutile d’y chercher un quelconque message. Les objets sont animés comme des corps avec lesquels ils se meuvent. La vie serait un étrange ballet dans l’espace où l’on se rapproche, se touche puis s’éloigne. Même les dormeurs sont en lévitation, se réfugiant dans le sommeil contre les assauts de l’existence. 
Quelques archétypes peuplent l’humanité dessinée par l’artiste. Les maîtres nageurs, reconnaissables à leurs bonnets de bain bigarrés, qui évoluent la bouche ouverte comme les poissons dont ils se réclament. Ou encore ces cow-boys ridicules, la main sur la gâchette, qui tirent dans toutes les positions, tombent, s’évanouissent. Les arracheurs de dents, un politicien célèbre. Une manière de revisiter l’art du portrait où la pose fait place à l’instantané, la prise sur le vif. Tout ce petit monde hurle, se débat, bande ses muscles, tente de faire croire à sa propre existence. 
Gravures ou sérigraphies, il ne s’agit pas pour autant de multiples. Chaque œuvre tire son originalité d’une triple profondeur : à la surface imprimée se superpose un collage en papier peint recyclé, tache de couleur, phare dans la nuit. En négatif un gaufrage qui est comme une trace en creux de ce qui a disparu. Mais ce qui pourrait apparaître comme une technique s’efface pour laisser place à un monde qui surgit devant nos yeux sidérés.
Julie Vervier





R.C., me direz-vous, qui est-ce ? Je vous dirai qu’il est du genre masculin, un européen qui mesure 1,70 m et j’estime son tour de tête à 53 cm, de cuisse à 47 cm. Les jours pairs, il pèse 55 kilos, impairs 60 kilos environ. Ah! j’allais oublier la longueur de son pied gauche, 26,5 cm, mais j’ignore ses caractéristiques dentaires. Ajouterai-je qu’il a les yeux bruns, le cheveu châtain, le teint clair, la peau lisse ? Cela vous suffira-t-il à le reconnaître à la piscine ou même dans la rue ? J’ai bien peur que non. Mais si je vous dis plus, qu’il chausse du 42, que son visage d’un autre monde ne vous serait peut-être pas tout à fait inconnu, qu’il vous aurait intrigué pour l’avoir vu aussi dans un classique du cinéma expressionniste allemand ? Vous ne le voyez toujours pas ? Tant pis! Et puis, peu importe l’individu.

Regardons plutôt ses gravures. Je vous invite, bien sûr, à les parcourir du regard pendant plus qu’un petit moment, à vous en approcher, à tourner autour, à vous en éloigner, à revenir sur vos pas et là j’insiste, mais ce n’est pas encore assez parce qu’en leur tournant le dos vous repartirez avec une autre image. On connaît ces radiographies de peintures, qui nous dévoilent leur face cachée, intime, sombre et tourmentée, organique – embryonnaire pour dire rapidement. Tout est possible alors. Comme elles, ses gravures nous donnent à imaginer, à créer une image. R.C. n’impose pas son regard à notre regard, c’est un révélateur. Mais je ne vous ai toujours pas dit, R.C. c’est Roby Comblain. Peut-être qu’il vous arrivera de l’oublier, en revanche gardez précieusement le souvenir de ses gravures, un jour ou l’autre elles vous donneront encore à voir.

Claude François, 15 novembre 2018